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VACCINATION : l’obligation fait débat

Cet article est un extrait de « Décrypter » paru dans le Que-Choisir de janvier.

Au moins, pour les bébés nés après le 1er janvier, les parents n’auront plus de questions à se poser. Sauf censure de dernière minute du Conseil Constitutionnel, ça sera

11 vaccins, pas un de moins! Les enfants non vaccinés, ou qui le sont insuffisamment, resteront donc à la porte des collectivités.

Une couverture vaccinale pas si faible.

Sur le papier, c’est 8 vaccins supplémentaires mais en pratique, peu de changements pour les enfants.

En clair, le plus souvent, l’obligation n’augmente pas le nombre d’injections. Lors de son annonce, la ministre s’est aussi justifiée par la nécessité de restaurer la confiance dans la vaccination. Car il y aurait, dans notre pays, une défiance envers les vaccins. Les chiffres de la couverture vaccinale des dernières années ne montrent  pas franchement de désamour. Au contraire. Ils sont en hausse, y compris pour les valences facultatives ou suscitant la méfiance comme la rougeole ou l’hépatite B.

De 2008 à 2012, des victimes de la rougeole

De la même façon, du côté des médecins, l’adhésion est forte : de l’ordre de 97% selon une étude publiée par la Direction des études, de la recherche et de l’évaluation et des statistiques (Drees) en 2015.  Pour certaines vaccinations, même s’ils augmentent, les scores actuels de couverture ne sont en effet pas suffisants. C’est le cas de la rougeole. A 24 mois, 78,8% seulement des enfants ont reçu les deux doses du vaccin, quand 95% seraient, en théorie du moins, nécessaires pour bouter cette maladie infantile hors de France. Résultat des courses : en France, 24000 cas officiellement déclarés, sans doute le double en réalité, 1000 pneumonies, plus de 30 encéphalites rougeoleuses et 10 décès, peut-être 15. Pour Daniel Lévy-Bruhl, responsable des vaccinations à Santé Publique France,l’organisme chargé de surveillé les maladies infectieuses « tant que la vaccination ne progresse pas, une nouvelle épidémie de rougeole est possible. »

La contrainte était-elle nécessaire?

Fallait-il pour autant user de la contrainte? « Même si ce n’est intellectuellement pas satisfaisant, elle est nécessaire« , note Daniel Levy-Bruhl. Serge Gilberg, médecin généraliste et professeur de médecine générale, en doute : « En 2015, les chiffres montrent, c’est vrai, une vaccination insuffisante des bébés; mais il y a rattrapage avec l’âge : les enfants de 6 ans sont plus vaccinés, et à 11 ans, la couverture à 2 doses atteints 93,2%« .

Il faut aussi souligner que la rougeole, moteur de la bascule vers l’obligation, est un cas à part. C’est une maladie très contagieuse, qui touche les enfants; la vaccination fait automatiquement baisser son incidence et ses séquelles graves. Son impact positif est simple à démontrer. Dans un texte appelant les députés à refuser l’extension de l’obligation, plusieurs médecins généralistes pointent le cas de l’hépatite B, qui ne concerne pas les enfants; celui du méningocoque C, si rare qu’il ne constitue pas une préoccupation de santé publique; enfin, celui du pneumocoque, pour lequel le vaccin a facilité l’émergence de souches plus dangereuses, ce qui a nécessité un vaccin plus puissant!

Trois vaccins aux bénéfices discutables :

Vaccin contre le Méningocoque C : Des cas trop rares pour le généraliser? « Devant une maladie aussi rare (environ 0,2 cas pour 100 000 par an) et bien contrôlée par la vaccination ciblée, la vaccination universelle risque d’augmenter le nombre d’effets indésirables chez les nourrissons sans bénéfice de santé publique« , estime le Dr Claudina Michal-Teitelbaum.

Vaccin contre le pneumocoque : Fuite en avant.

Les pneumocoques sont des bactéries qui se logent dans les voies respiratoires hautes (nez et pharynx). Le plus souvent sans incidence, cette présence cause parfois des pneumonies et des infections invasives (méningites et septicémies) potentiellement mortelles.

Vaccin contre l’hépatite B : ça pourrait attendre. Maladie rare en France, l’hépatite B, comme le VIH, se contracte lors de relations sexuelles avec une personne infectée et par contact sanguin. Elle touche avant tout les adultes, en moyenne vers 40 ans. Il n’y aurait rien à perdre à attendre l’adolescence.

Les complications qui font polémique

L’aluminium utilisé comme adjuvant, et certains vaccins suscitent des craintes.

Le vaccin contre l’hépatite B provoque-t-il la sclérose en plaques (SEP)?

Oui, dans de très rares cas. Les études cas-témoins n’ont pas trouvé plus de personnes vaccinées contre l’hépatite B chez les personnes atteintes de SEP, comparées à celles indemnes de la maladie. A l’échelle des populations, les recherches n’ont pas non plus mis en évidence davantage de cas de SEP chez les individus vaccinés que chez les non-vaccinés, de l’ordre de 3 cas pour 100 000 vaccinés. Pour autant, si le signal est faible, il n’est pas nul. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a, en juin dernier, confirmé que les juges nationaux pouvaient se passer de preuves scientifiques, et se baser sur des indices graves, précis et concordants pour statuer.

L’aluminium utilisé dans les vaccins est-il dangereux?

C’est possible, dans de rares cas. aujourd’hui, un doute plane sur l’innocuité de l’aluminium. Des recherches menées par le Pr Romain Gherardi et son équipe au CHU Henri-Mondor de Créteil (94) ont montré que l’injection est susceptible de créer dans le muscle une lésion qui maintient les particules d’aluminium dans le corps. Elle disparaît la plupart du temps dans les mois qui suivent le vaccin, grâce à des cellules macrophages qui parviennent, difficilement, à éliminer l’aluminium. En pratique, pour limiter la quantité d’aluminium introduite dans l’organisme quand on se fait vacciner, il est préférable d’avoir recours à des vaccins polyvalents.

Le ROR est-il responsable de cas d’autisme?

Non, aucun cas n’a été établi. Le ROR, qui intègre le vaccin contre la rougeole combiné à ceux contre les oreillons et la rubéole, est un vaccin vivant : il provoque une infection réelle mais atténuée et non contagieuse. En 1998, une étude publiée dans The Lancet, menée par un chercheur travaillant pour le National Health Systeme (NHS), le Dr Andrew Wakefield, elle met en évidence un lien entre le ROR et la progression de l’autisme chez les enfants. Cependant, après enquête, il apparaît que l’étude toute entière relève de la fraude scientifique. En décortiquant les dossiers médicaux des enfants, un journaliste a montré que le Dr Wakefield a falsifié des données, réduisant notamment le délai d’apparition des symptômes. Aujourd’hui, il est établi que le Dr Wakefield était, dès avant l’étude, rémunéré par un avocat qui préparait un procès contre les fabricants de vaccin contre la rougeole. Des recherches menées par la suite dans d’autres pays n’ont jamais retrouvé de lien entre le ROR et l’autisme.

La solidarité nationale joue

Quand l’État oblige à se vacciner, « il doit aussi prendre les précautions nécessaires pour qu’il n’y ait pas de risques liés aux vaccins« , souligne Béatrice Espesson, maître de conférences en droit privé à l’Université de Saint-Etienne (42). C’est pourquoi, en cas d’effet indésirable, la solidarité nationale joue. L’Oniam (Office national de l’indemnisation des accidents médicaux) traite les dossiers, organise les expertises afin de déterminer si un vaccin peut être la cause de préjudice, et statue sur l’éventuelle indemnisation. Le fabricant n’est toutefois pas déchargé de sa responsabilité. « S’il a commis une faute, ou si son produit est considéré comme défectueux, l’Oniam pourra se retourner contre lui« , précise Laurent Bloch, maître de conférences en droit privé à Bordeaux (33). La très grande difficulté à établir un lien entre un vaccin et un dommage risque toutefois de limiter l’intervention de l’Oniam.

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